To be or not to be … AWARE

Allez venez braves et honnêtes petites gens à cette réunion d’un nouveau genre qui va bouleverser toute votre conception sur la vie, votre vie. Vous allez apprendre à éveiller votre conscience à un état de grâce. Avec cette religion du renouveau, vous allez être capable d’allier foi, plaisir et volupté. Devenez adepte de la conscientologie (to be aware inside, to be unconscious outside). Venez assister dès ce soir, à notre réunion SUPER AWARE ou l’éveil à la conscientologie.

Voilà ce qu’on pouvait lire sur les brochures et tracts distribués dans chaque boîte aux lettres de la ville. Pour attirer le maximum de personnes, rien n’était laissé au hasard : Pour les nouveaux convertis, un téléphone mobile était promis. Les conscientologues assurent que c’est un moyen de libérer la parole et d’établir une meilleure connexion entre eux (a link between us). Bien entendu, ceux qui ne manquaient pas de lire les nota bene pouvait se rendre compte que ca impliquait la signature d’un contrat qui liait à une boîte douteuse, dans la combine, un peu trop détendu du mobile.

Le soir venu, une foule s’amasse dans la salle, faiblement éclairée et empreinte de mystère ou de mysticisme. Ce public est composé majoritairement de jeunes garçons et filles très intéressés par les promesses de cadeaux. Très influençables, ces jeunes SUPER FITIELS sont de très bonnes proies pour l’église et forment le renouveau pour les années à venir. Mais ils ne sont pas seuls, des adeptes plus aguerris sont là pour les encadrer et les aider à trouver leur voie. Chose plus surprenante, quelques ménagères d’un certain âge se sont glissées dans les rangs. Apparemment par pur hasard ou par erreur car elles pensaient plutôt assister à une réunion où il était question de présentation d’ustensiles à usages domestiques :

« Jacqueline, c’est bizarre, t’es sur que c’est une réunion tupper ware ? »

Jacqueline, très positive :

« C’en est peut être une d’un nouveau genre … chut, ca commence»

C’est à ce moment là, qu’un adepte de haut rang intervient et se place sur la tribune à son pupitre pour présenter l’église et accueillir les fidèles sans omettre de parler des nombreux avantages qui les attendent. Rien de tel pour rassurer les ménagères qui ne partiront pas quoi qu’il arrive les mains vides. Et le discours continue :

« En cette 48ème année de notre ère, (pour les adeptes nous sommes en 48 après JC, comprenez Jean claude) nous sommes heureux de vous accueillir parmi nous. Si vous êtes là ce soir, c’est que vous avez choisi… choisi la voie de la conscientologie (the way to be aware). Nous avons connu notre apogée dans les années 80-90, à l’heure ou notre gourou, le vénéré JCVD resplendissait d’une aura incommensurable de par le monde. Nous tenons à remercier les adeptes les plus fidèles de cette époque. Grâce à eux, nous sommes encore là aujourd’hui et nous pouvons encore vous dispensez la bonne parole. Sans plus attendre, je laisse la place à notre très chez vénéré maître à penser ».


Dans une grande mise en scène, JC apparait dans une brume lumineuse sorti de nulle part. Il porte un justaucorps très moulé laissant deviner le contour de ses parties intimes. Il entame une série de mouvement, gestes lents, puis saccadés, soit disant, pour dompter son esprit et libérer sa conscience. Il termine en apothéose par un saut périlleux grand écart avec un petit cri dont il a le secret. De l’assistance, on aurait juré qu’il s’était fait mal. Seulement pour les plus sceptiques car aucun des adeptes n’ont douté. Il s’agit là pour eux d’une preuve que JCVD a atteint le nirvana de la fusion du corps et de l’esprit.

« Applaudissements »

A présent, affaissé sur la scène, il se tient fermement les bourses, l’autre main lui masquant le visage. Instant de recueillement et de méditation à en croire les fidèles qui l’accompagnait dans son silence
Il se redresse après quelques instants et entame son discours, heureux de trouver une audience acquise à sa cause.

« Y a des gens qui n’ont pas réussi parce qu’ils ne sont pas aware, ils ne sont pas « au courant ». Ils ne sont pas à l’attention de savoir qu’ils existent. Les pauvres, ils savent pas. Il faut réveiller les gens. C’est-à-dire qu’y a des gens qui font leur travail, qui font leurs études, ils ont un diplôme, ils sont au contact tout ça. Tu as un rhume et tu fais toujours « snif ». Faut que tu te mouches. Tu veux un mouchoir ? Alors y a des gens comme ça qui ne sont pas aware. Moi je suis aware tu vois, c’est un exemple, je suis aware. Devenez, comme moi, toi et toi, enfin sans être moi, understand ? soyez aware »

Avant de poursuivre sur son discours sur la vérité :

« Le Cycle… le cycle du cosmos dans la vie… c’est une grande roue. Qui est faite de… choses, de moments, de « feelings »… et la vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité; la vérité, c’est qu’il faut trouver sa propre vérité. Ma vérité à moi? Comment veux-tu que je te parle de cette manière? Tu m’aurais parlé il y a cinq ans, ou bien il y a trois ans, ou il y a six mois! Ou hier… ou demain… Tu m’aurais parlé de cette manière, j’aurais pas pu te répondre de cette façon. Et grâce à ma propre vérité (dont je n’ai pas encore la réponse de la vérité), je peux te parler d’une manière plus sophistiquée. Il y a un an, je t’aurais parlé de mes muscles. De combien je mange le matin, combien je suis beau et combien je suis fort, je suis le meilleur… Mais en vérité, il n’y a pas de meilleur! En vérité, il y a chacun soi-même! »

Dans l’assistance, pas un mot, tous sont subjugués par tant de grandiloquence. Les SUPER FITIELS sont bercés par un discours qui semble prendre tout son sens mais qu’ils ne comprennent pas véritablement. Pourtant par des échanges de regard, ils sentent cet éveil venir en eux. Pour la plupart, ils n’ont jamais autant fait marcher leurs méninges pour. Chacun pense avoir saisi à sa façon le sens des mots et se laissent aller à des interprétations, leurs propres interprétations.
Et JC enchaîne sur la philosophie du corps et de l’esprit :

« Ah non mais attention quand je parle de l’enveloppe tu vois, je parle pas l’enveloppe que tu envoies par la poste. Je parle de l’enveloppe que tu vois. Celle qui enveloppe tout. Les paquets de biscuits, les sachets de cocaïne, ton esprit, etc … Non, l’enveloppe c’est vraiment global.. Mais uniquement liée au spirit généralement. Oui alors un biscuit tu me diras ça n’a pas de spirit, c’est juste un biscuit. Mais avant, c’était du lait, des oeufs. Et dans les oeufs, il y a la vie potentielle… Le potential life dans une coquille, une enveloppe … qui elle même était contenu dans la poule . eh oui… Non vraiment tout ça c’est une question d’awareness … et puis même si le biscuit est physiquement différent d’une bouteille de lait, d’une poule … il subsiste le spirit de la bouteille et de la poule dans le biscuit … et ça toi tu le ressens quand tu le manges. Et que parfois c’est bon parfois c’est pas bon. »

Dans la salle une clameur générale se fait entendre, l’osmose enfin trouvé, un chant est entonné par les adeptes très vite repris par les nouveaux convertis :

« Gloire à JC, notre maitre vénéré, vient entrouvrir les portes de la vérité, dehors nos haines et nos faiblesses, ouvrons nos cœurs à l’awareness…. »

A bien y regarder de plus près, tous ne sont pas dans cet état de transe.

Dans le coin de la salle, une jeune femme complètement perturbée guette les faits et gestes d’un énergumène à l’autre bout de la pièce. Tous deux n’ont pas l’air d’être sous l’emprise de la sainte parole. Pour un peu, on la prendrait pour une SUPER PARANO, ce qu’elle est peut être. Qu’est ce qui pourrait bien arriver, par ici, alors que l’ensemble de la salle semble baigner de joie et d’allégresse ?

Son vis-à-vis la regardait, l’air hébété et incrédule, d’une part par l’ambiance générale et par le comportement de cette femme qui l’intrigue. Il l’avait suivi depuis la sombre allée qui jouxtait l’entrée de la salle. Il n’avait rien fait de mal, pour autant qu’il en sache. Il s’était perdu et ne savait pas ou aller. Choisir un chemin à prendre quand on est SUPER CHAIPO n’est pas évident. Il s’était rappelé à ce vieux adage d’une vieille civilisation : « Quand la voie est obscure, suis ton prochain qui t’orientera vers la lumière ». La lumière il l’avait trouvé, et plutôt bien, auprès de toute cette bande d’illuminé. A présent il voulait simplement la remercier mais elle l’avait fui et le fuyait encore. Dans la ruelle, elle s’était détourner de lui et avait ignoré ses appels dans un rythme effréné et toujours plus pressant. Il lui avait emboité le pas, il ne s’agissait alors pour lui de ne pas perdre le fil et la voie de la lumière.

En tout cas, il se sentait toujours perdu et ne comprenait pas ce qu’il fichait là. Ce n’est pas l’église qui l’a choisit mais elle qui l’avait choisi. C’était peut être un signe du destin, c’est ce qu’il finit par croire et lui mis du baume au cœur. Ah pour sur, SUPER CHAIPO n’a jamais été adepte du libre arbitre et peut être de la destinée… raison de plus pour aller embrasser la jeune femme qui l’avait guidé. Ce qui tenta bien évidemment, ce qui déclencha chez elle une montée d’adrénaline qu’elle déchaina par un cri et une fuite éperdue qui ne perturba pas pour autant la séance.

Les chants se turent et JC poursuivit :

« La vie c’est quelque chose de tres fort et de tres beau…. La vie appartient a tous les vivants. It’s both a dream and a feeling. C’est etre ce que nous ne sommes pas sans le rester. La vie c’est mourir aussi….Et mourir c’est vraiment strong…c’est rester en vie au dela de la mort…Tous ceux qui sont morts n’ignorent pas de le savoir.»

Et maintenant, nous allons tous nous linkés les uns et les autres, les vivants, les vivants de la mort, nous allons vous remettre vos mobiles. Une petite signature sera requise pour entériner notre fusion, votre entrée dans la conscientologie.

Dans une succession de traction JC entonne son message subliminal déjà éprouvé à la TV :

« je me baisse, j’écris et j’envois des SMS.»

Et les adorateurs conquis, lobotmisés s’exécutent et s’échangent leurs SMS dans un rythme toujours plus soutenu. La séance se termine, un halo lumineux montre la voix de la sortie et chacun reprend si l’on peut dire le cours de sa vie.

Dingue, non, Tirons la sonnette d’alarmes. Je m’adresse à vous parents, ceux qui ont perdu l’emprise sur l’éducation de vos ouailles. Ne les laissez pas tomber sur des mauvaises influences. Si c’est le cas, ne vous étonnez pas ensuite qu’il ne passe toute leur journée sur des téléphones à écrire et parler dans un style SMS très succinct, à idolâtrer le franglais, à débiter des conneries à longueur de journée sur un monde qu’ils croient comprendre. Quoi, oui, c’est l’adolescence mais méfiez vous, on dit que c’est l’age con et bien SUPER RELOU 😉

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