Metro, boulot, dodo et… embrouilles à gogo

L’homme pressé doit prendre un peu de son temps, malgré lui, en cette époque de forte grève (transports publics français). Cela ne l’empêche pas de vivre à 100 à l’heure. La rue prend des allures chaotiques où piétons, vélos et voitures s’emmêlent et forcent le passage. Des embouteillages monstres se créent sur l’ensemble des voies de passages. Certaines voitures de pompiers et ambulances sont coincées dans le trafic et sont parties pour rater leurs urgences…

Sur les quais de gares, chacun essaie de se faire une place pour pénétrer le premier dans la rame. Certains super malins semblent avoir repérés l’endroit précis où les portes vont s’ouvrir. Et ca joue des coudes pour se trouver dans la bonne position. Le train entre en gare. A peine les portes ouvertes, il déborde de voyageurs. La confrontation est, alors inévitable, entre les entrants et les sortants. « Mais laissez-nous sortir, vous auriez bien plus de places ensuite » « Ecoutez, ca fait 1h que je poirote sur le quai, j’ai déjà passé mon tour et je ne perdrai plus l’occasion ». Finalement par le biais de bousculades, les sortant prennent le dessus et laissent respirer à peine 2 secondes les courageux résistants qui sont dedans depuis longtemps. S’ensuit une pagaye dans le flux d’entrants et une réorganisation intérieure qui chamboule tout. Cela dépasse bien entendu, les lois de la physique. C’est un peu comme si on voulait faire rentrer 1L d’eau dans un verre. Beaucoup s’improvisent contorsionniste et tente de se caler dans un endroit quand ils le peuvent. Les autres suivent le mouvement des vagues du flux et du reflux de voyageurs sans pouvoir contrôler quoi que ce soit. Lorsque les portes se referment, le calme apparait alors, les personnes ont fusionné comme un seul corps dans un même bloc. Tout le monde comprend alors ce que doivent endurer les sardines dans leur toute petite boîte. Il n’est alors plus possible de bouger le petit doigt.

On repère facilement super la loose qui a le corps serré contre une barre verticale de soutien et qui écrase le pied de son voisin. Ce dernier ne lui manque pas de le rappeler mais ca n’aide malheureusement pas super la loose à se dégager.

Dans un coin de la rame, super sans gêne est resté assis et n’est pas du tout perturbé par super snob qui est quasiment vautrée sur lui. Elle le regarde de toute sa hauteur (non elle n’est pas grande) et ne manque pas de protester « espèce de malotru, vous allez vous levez, c’est inadmissible. C’est décidé, je ne prendrai plus jamais le train ne me mélangerai plus à des mécréants irrespectueux telles que vous ». A coté d’elle, un homme est pris de vapeur. Il ne se sent pas bien. Sans aucun doute, à cause de la surchauffe mêlée aux odeurs fortes et pestilentielles que dégage super snob qui n’a pas lésiné sur la dose de parfum. Face à lui, 2 femmes sentent venir le malaise et l’éventualité de nausées impromptues. La visée est dans l’entre deux, et chacune d’elle essaie de soutenir à leur façon le malade pour qu’il déverse sa mixture sur l’autre.

A l’autre bout de la rame, une femme ne se sent pas bien, elle non plus, ou plutôt feint de l’être (super mytho). Elle aimerait s’asseoir mais personne ne réagit en voyant sa mine déconfite. Au moment, où elle commence à desespérer, une femme vient à son secours ! « Madame, vous n’allez pas bien ? » « Euh.. non…je…ouais c’est ca, je suis enceinte » « Une femme enceinte, s’il vous plaît laissez la s’asseoir ». Personne ne bouge. Personne ne peut bouger. Cette dernière ne manque pas de signaler « Bien entendu, personne ne laisse sa place. Ah bravo !». Un individu qui a suivi la scène s’écrie aussitôt « on ne pouvait pas savoir, ce n’est pas de notre faute… quelle l’idée de venir s’entasser dans une rame bondée quand on est enceinte ! C’est de l’inconscience, vous devriez avoir honte de mettre ainsi la vie de votre progéniture en péril ». Super mytho se ravise alors « Oh, ce n’est rien, je n’en suis qu’à mon premier mois, vous savez »

Pas loin, super mamie peste contre tout le monde au sujet des conditions de voyages inhumaines et se plains sans arrêt. On lui rétorque aussitôt : « Madame, sauf votre respect, vous êtes à la retraite, alors pourquoi voyager aux heures de pointes en période de grève, vous emmerdez tout le monde ». Ce qui la coupa nette.

Un peu partout ailleurs, les super débats débattent (bien entendu) sur le sujet de prédilection du moment : « On ne peut tolérer ces conditions insoutenables, on se fout de la gueule du monde» « Moi, Je vais arriver en retard, et je risque de perdre mon travail », « on ne peut pas nous prendre en otage comme cela », « il faudrait assurer un meilleur service minimum », « si j’étais à la place du gouvernement, je prendrai des mesures exemplaires à l’encontre des grèvistes » , « Mais laissez les tranquille, ils ont le droit de faire grêve comme tout le monde » « Mais vous comprenez donc pas que leur boulot est pénible et qu’ils ne sont pas récompensés en retour » . Parmi eux, quelques super d’accord acquiescent l’ensemble de leur propos sans jamais donner leur avis. De toute façon, il y a du vrai dans tout ce qui est dit. Pour ceux qui les écoutent, malgré eux, ces discussions rabâchées toute la journée sont interminables. Alors que cela rassure ou soulage les uns, les autres sont tout simplement agacés. Partager son ras le bol, ca n’est pas le diminuer, bien au contraire.

Dans le train, les mieux lotis sont assis et n’ont que peu faire des tracas de l’ensemble de autres voyageurs debouts. Pourtant l’un d’entre eux est mal à l’aise. Il aimerait bien lire tranquillement. Mais voilà que son voisinage ne l’entend pas de cette façon. Super dormeur s’affaisse de plus en plus sur son épaule, alors qu’une étrangère, face à lui, enchaîne les coups de fils. Elle l’énerve, il ne comprend pas comment on peut parler aussi fort, elle ne parle pourtant pas à un parent à l’autre bout du train. Pas loin de lui un jeune super sans gène écoute sa musique en haut parleur comme pour mieux la partager. Dans l’allée, les voyageurs restés debouts et agglutinés ne manquent pas de le dévisager et envient sa position. Il n’en peut plus et déborde de rage intérieure. Il ferme les yeux, prend sa respiration, et émet un hurlement puissant. Il se lève ensuite, sort son katana de son foureau et lance dans le découpage hors règle de l’ensemble des voyageurs aux mines patibulaires, en se délectant des effusions de cris d’horreurs et des effluves de sangs versés. Soulagé, rassasié, il se rasseoit et se réveille alors juste à temps. Le train rentre en gare, il se mélange au flot de foyageurs qui se dirigent au pas de courses, en se bousculant les uns les autres, vers leur lieu de travail.

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