Destination terroir

Vous aimez l’exotisme ? Vous avez le goût de l’aventure et vous rêvez d’explorer des terres inhospitalières. Pourquoi partir à l’autre bout du monde alors que vos attentes pourront être satisfaites si vous avez la curiosité d’emprunter la petite route au plus profond de la vallée du petit village le plus reculé, et qui semble, de prime abords inaccessible, pour des personnes peu aventureuses. Là vous serez accueilli par les autochtones locaux, les supers rustiks. Ayez au moins le courage d’aller à leur rencontre pour découvrir une culture originale et des mœurs étranges.

Les supers rustiks peuvent paraîtres austères lorsqu’ils vous dévisagent à votre arrivée avec leurs gueules renfrognées. Ils n’aiment généralement pas que l’on vienne troubler la quiétude de leur havre de paix :

SR – Vous venez d’où ?
VS – Je viens du petite ville dans la région parisienne
SR – Ah ! Un parisien !

Les supers rustiks n’aiment pas trop les parisiens : c’est bruyant, ca pue, ca se prends pour les maitres du monde et ca flambe.

SR – Ah ! T’as la télé dans ta voiture ?
VS – Non, c’est un GPS !

Très vite, on s’intéresse à vous, les langues se délient mais toujours avec cette méfiantes. Et faites attention gare aux rumeurs qui se propagent très rapidement sur votre compte. On vient vous sonder. On vous parle, vous acquiescez avec sourire par politesse. De toute façon vous ne comprenez rien. Il faut dire qu’ils ont un sacré accent ces supers rustiks et c’est d’autant plus compliqué qu’il l’accompagne souvent de quelques mots de patois. Oui, mais voilà, quand super rustik pose une question, il aimerait bien qu’on lui réponde au lieu de lui sourire bêtement. Super rustik insiste, donc, hausse le ton et s’énerve. Et là gare aux postillons.

Voilà, super rustik, c’est un bon vieux bougre, finalement peu conciliant et peu enclin à le devenir. Si on devait en dresser un portrait, on dirait que c’est un homme d’age mur, paysan, qui vit toujours avec sa moman. Elle est désolée pour lui, elle aurait bien aimé le caser mais l’exode rural n’arrange pas les choses. Toutes les filles partent à la ville pour le boulot et lui est resté comme bon nombre de ses potes pour reprendre l’entreprise familiale d’élevage de bétail. Mal à l’aise avec l’autre sexe, très maladroit, il avait pourtant essayé, une fois, avec la rare fille qui n’avait toujours pas trouvé prise.

SR – Euh tu veux venir jouer avec mes boules ?

Super rustik est généralement très direct. Disons plutôt qu’il n’a aucun don pour deviner certains sens cachés à ses propos. Bien sur, cela peut déconcerter même les plus « farouches » de ses conquêtes.

F – Hein ? Euh… enfin… je sais pas trop… On se connaît à peine.
SR – Beh tu veux pas jouer à la pétanque alors ?
F – Ah ! j’avais pas compris.
SR – Eh, t’es con ou quoi ?

Oui, le super rustik a certains manque de tact. On parlera alors de charme de rustre.

SR – Ok on jouera avec le porcinet.
F – Euh, on ne dit pas plutôt le cochonnet.
SR – Porcinet c’est mon cochon, je lui ai appris à aller chercher les boules.
F – Ah !

Mouais, c’est pas gagner. Alors pour s’occuper le reste du temps, super rustik va flaner dans les bistrots du village, dernier commerce encore ouvert et encore rentable. Il y rencontre tous ses amis super rustik aussi. Et ils en profitent pour refaire le monde tous les soirs à coup d’alcool fort (qui te dégommerait un parigot en moins de deux). Comme chaque soir, il paraitrait que le gouvernement complote contre eux. On dit même qu’il se ferait aider de petits hommes verts. Chacun a bien entendu en tête la dévastation de certains champs de blés par les soucoupes volantes.

SR1 – hier la vache folle et la fievre aphteuse, aujourd’hui la grippe aviaire, toutes ces maladies qui touchent nos exploitations, ca cache quelque chose, on nous en veut. Regarde il y a 20 ans, on était plus nombreux, on est plus que 5-6 pour des milliers d’hectares. On meurt à petit feu et c’est la faute du gouvernement.
SR2 – bah y z’ont détruit tout le troupeau à l’autre bon vieux rené, mesure de précaution qu’ils disaient. N’empêche que le rené, eh ben, il a tenté de se suicider
SR1 – Je suis content qu’il soit encore là, faut qu’on se tienne les coudes
SR2 – On ne peut pas en dire autant de la germaine, pauv gosse, il avait le bras trop court, il avait mal jugé la longueur de la crosse de la carabine, il a tiré à coté et au moment où sa femme arrivait à porter. Bang.

Et au petit matin, le calme revenu, au moment du ramassage des ordures, on ramène d’autres déchets à leur bercail.
Donc, vous l’aurez vu, le super rustik est assez spécial et surtout très déroutant :).

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