SUPER TYRAN

Fidèle à son ancêtre, le tyranosaure, Super Tyran terrorise ses congénères. Pauvres mortels, cachez femmes, enfants et chatons car Super Tyran vient d’être promu et il est maintenant directeur marketing du monde. Non pas du journal, mais bien de la planète, ce qui nous laisse beaucoup moins d’espoir. Croyez-en mon infortunée expérience car voici une journée de collaboration typique. Attention, c’est long, car une journée avec Super Tyran, c’est interminable.

Dimanche 6h34

  • Arrivée au bureau et découverte d’un message d’insultes. Super Tyran crache sa haine sur trois minutes de bande d’enregistrement. Le répondeur, pourtant plutôt impartial, a coupé le message juste au moment ou Super Tyran commencait à s’en prendre à notre pauvre mère.
  • Café.
  • Construction et envoi par coursier d’un modèle semi-réduit d’une maison de Pompéi (période pré-volcanique) en bouchon de liège alors qu’en cherchant, même bien, cela n’a strictement aucun rapport avec nos attributions de travail et notre domaine d’expertise.

10h18:

  • Super Tyran appelle, ne dit pas bonjour, ne se présente pas, et hurle qu’il est bien évident que l’écoulement des eaux pluviales de la-dite maison en liège devrait se faire dans le sens des aiguilles d’une montre et non l’inverse. Super Tyran juge cette faute impardonnable et nous suggère d’un ton méprisant de retourner à l’école, qu’on avait pourtant réussi avec brio, félicitations du jury, fanfare et majorettes. Super Tyran a bien évidemment détruit notre répugnante maquette et en réclame une autre pour dans une heure.

10h20:

  • Reconstruction de la maquette
  • Traduction intégrale de la Bible en patois tchécoslovaque
  • Envoi par coursier
  • Café

11h25:

  • Super Tyran appelle et nous demande comment nous avons pu oser, sombre créature rampante que nous sommes, faire cette traduction en patois alors qu’il avait bien précisé, à la fin de son message avorté, qu’il la voulait en cambodgien. Nous nous excusons bassement de cette inexcusable erreur et lui promettons d’y remédier immédiatement.

11h28:

  • Deuxième traduction
  • Envoi par coursier
  • Mise en page de 14 pages du magazine qui se trouve être la raison de notre embauche. C’est vrai, on en avait presque oublié notre véritable travail: graphiste.

13h45:

  • Super Tyran appelle et nous reproche de lui téléphoner et de le déranger alors qu’il déjeune. On vérifie sur l’écran de notre téléphone, c’est bien lui qui appelle et pas nous. On ne s’étonne plus de rien et on s’excuse, ça peut pas faire de mal.
  • C’est l’heure du déjeuner et nous mangeons donc deux sucres, histoire de ne pas tourner de l’oeil.
  • Café
  • Etude de marché sur les nombreux avantages de l’exportation de la patate douce en Biélorussie. Envoi par coursier.
  • Début de torticoli à force de simultanément maintenir le combiné téléphonique d’une épaule, de cliquer de la main droite et de scanner de la gauche.

15h20:

  • Super Tyran veut qu’on lui envoie les pages du magazine sur son blackberry. On s’éxécute illico.

15h23:

  • Super Tyran n’a pas reçu les pages et les réclame à nouveau. On lui forward le mail d’il y a deux minutes.

15h26:

  • Super Tyran n’a toujours pas reçu les pages et nous traite d’incapable. On lui reforward le mail.

15h30:

  • Super Tyran n’a toujours pas reçu les pages et nous accuse de ne pas avoir terminé le travail et d’être de mauvaise foi. On lui reforward le mail.

15h35:

  • Super Tyran rappelle pour nous menacer de licenciement car, bravo on peut être fière, on a réussi à bloquer sa boite mail avec nos envois intempestifs du même message. Au passage, il nous réclame l’étude de marché qu’il a perdu quelque part chez le coiffeur tout à l’heure.

15h40:

  • Envoi de l’étude par coursier
  • Retouche d’une dizaine de photos
  • Photomontages haute définition à partir de photos en définition ridiculement basse
  • Envoi par coursier
  • Café

17h45:

  • Super Tyran appelle, furieux du travail de photomontages scandalisant fait à partir de photos pourtant impeccables. Il est sait quelquechose, c’est lui qui les a prises avec son blackberry. On lui explique gentiment que non, du 36 dpi, ça n’est pas de la bonne définition et qu’on l’avait bien prévenu, plusieurs fois même et devant témoins. Il ne comprend pas qu’on ait l’impétuosité de lui expliquer son métier (le notre, en fait). Il décide de faire un rapport sur nos agissements et notre manque de professionalisme à notre patron.

19h00:

  • Début d’infection urinaire à force de se retenir sous peine d’abandon de poste
  • Mise en page de 12 autres pages pour le magazine
  • Envoi par coursier au domicile de Super Tyran car cela fait bien longtemps qu’il est rentré chez lui

20h30:

  • Super Tyran appelle et nous traite d’infâme raclure de bidet car il n’attendait pas 12 mais bien 24 nouvelles pages pour le magazine. Alors qu’on entend nettement le crépitement des bulles du bain moussant dans lequel il se prélasse, on se dit que ça fait deux jours qu’on n’a pris ni douche, ni repas et que cela commence à se sentir. Super Tyran nous réclame donc les 12 pages manquantes pour avant minuit. Et puis non, finalement plutôt 18 de plus pour avant 11h30 histoire de nous punir.
  • Double café, triplement sucré
  • Début de saignement des yeux à force de ne pas cligner pour ne pas perdre de précieux dixièmes de secondes.

22h30:

  • Appel à notre meilleur ami pour le prévenir que non, on ne pourra pas venir au macumba club fêter ses trente ans ce soir et que, oui, on le sait bien on a déjà loupé son anniversaire l’année dernière pour les mêmes raisons, ainsi que son mariage et le baptême de son fils dont on aurait du être la marraine. On est vraiment désolée mais là, il vaut qu’on y aille, on a déjà consacré 46 secondes à cet appel, autant dire 40% de notre capital temps personnel pour la journée et on aimerait bien vérifier notre email, ou du moins en survoler les titres.
  • Mise en page du reste du magazine et envoi par coursier

23h45:

  • Appel de Super Tyran depuis son blackberry qui grésille. Il semblerait qu’il soit dans une boite de nuit. On entend à peine ce qu’il dit mais on comprend entre deux boom-booms et un larsen qu’il nous reproche qu’on entende mal. Semblerait même qu’il nous ordonne de bouger avec notre téléphone fixe pour voir si ça capte mieux. On est tellement fatiguée qu’on le fait. Super Tyran semble dire que le magazine est intégralement à refaire avec de nouveaux textes et des nouvelles photos qui vont arriver par coursier d’ici deux heures. Il nous reproche d’avoir travaillé avec le matériel qu’il nous a fourni. Il dit aussi que la maquette de Pompéi serait mieux en capsules de bière. On croit même entendre que la traduction en cambodgien est en fait à refaire en vietnamien et qu’il veut tout ça sur son bureau pour demain matin, 7h.
  • Début de chute de tension
  • Café
3 réponses
  1. m.
    m. dit :

    Non, je confirme, et je parle en connaissance de cause.
    Enfin, à peine éxagéré!

  2. SUPER KINOU
    SUPER KINOU dit :

    Bien sur que c’est vrai, ça ne s’invente pas un truc comme ça ma bonne dame, ca se vit.

    Bon, je te l’accorde, on a jamais saigné des yeux et il ne nous a jamais traitées de raclures de bidet (ou en tout cas, pas en face). Et puis bon, je sais, ça ne trompe personne, la bible, je ne l’ai jamais lue et je carbure à 4 sucres minimum.

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